Prête l'oreille, ô
Disciple, à l'appel que le Fils adresse à la Mère,
puis obéis. La Parole retentit et annonce que la forme a rempli
son rôle. Alors le principe mental s'organise et répète
cette Parole. La forme expectante répond en s'effaçant.
L'âme se tient libre.
Ô Ascendant, réponds à l'appel intérieur de la sphère des obligations, reconnais l'appel issu de l'Ashram ou de la Chambre du Conseil où le Seigneur de la Vie Lui-même attend. Le Son est émis. Il faut que l'âme et la forme renoncent conjointement au principe de la vie pour permettre à la Monade d'être libérée. L'âme répond, et la forme brise alors le lien. La vie est désormais libérée, douée de la qualité de connaissance consciente et du fruit de toute expérience. Tels sont les dons de l'âme et de la forme associées.
Extrait de "La
guérison ésotérique", Alice Bailey
Editions Lucis Trust
Cette dernière loi au puissant pouvoir évocateur explicite le processus de restitution dénommé mort dans le langage courant.
Elle mérite d'être appréciée dans sa beauté profonde et son pouvoir radical de transformation.
Prête l'oreille, ô Disciple, à l'appel que le Fils adresse à la Mère, puis obéis.
C'est à travers l'écoute que la compréhension se fait. Il ne s'agit pas là d'une compréhension intellectuelle, mais d'une compréhension directe, par rappel, impression et évocation.
Le Fils désigne ici la conscience supra-corporelle, la Mère étant la personnalité et l'ensemble des corps qui s'y rattachent.
L'obéissance signifie l'acceptation sans réserve du message de la conscience, permettant une action complète, qui mobilise la totalité des énergies présentes et ne laisse aucun résidu.
La Parole retentit et annonce que la forme a rempli son rôle.
Le Verbe existe avant d'avoir été formulé. Il est une expression du silence. Lorsqu'il émerge, il est compréhension.
Le rôle de la forme est de permettre la juste orientation du regard, qui voit le monde des objets comme indissociable de sa nature de sujet. C'est en lui que le monde existe, c'est en lui que le monde meurt. La vision est la vie. Elle est par nature intemporelle et non dépendante des circonstances et situations. Elle est ce qui fait dire Je Suis, sans référence au passé personnel.
Lorsque la forme a rempli son rôle, le maintien de sa cohésion dépend des énergies encore présentes. Telles les palmes d'un ventilateur qui continue à tourner après l'arrêt du courant qui l'alimente, le corps-mental brûle les énergies présentes, même en l'absence du vouloir et de l'intention. La personnalité est alors au repos, transparente expression de la lumière de la conscience.
Alors le principe mental s'organise et répète cette Parole.
La Parole annonçant que la forme a rempli son rôle crée un impact qui réorganise les forces et énergies présentes.
La personnalité, exercée à entendre les subtils messages de la conscience, n'exerce aucun obstacle à l'injonction reçue. Les forces et énergies encore présentes s'organisent, préparant ainsi le retrait de la forme.
Si la compréhension n'est pas préparée à une telle injonction, du fait des attaches résiduelles au monde des objets, une résistance apparaît, perturbant la mise en place des forces en présence. L'esprit continue à être dispersé dans le monde des projections, au lieu de rester centré sur la lumière sans forme qui émet son appel.
Les pratiques spirituelles et méditatives sont autant d'exercices préparant le corps et l'esprit à se libérer des phénomènes illusoires créés par le mental. Au moment du retrait, elles trouvent leur pleine utilité, permettant une harmonisation fluide du processus en cours.
De ce point de vue, ce que l'on appelle, dans le langage ordinaire, la vie est une préparation à ce que l'on appelle, dans le langage ordinaire, la mort. Du point de vue de la conscience unitive, il n'y a que vie. Les expressions de la vie sont infinies. La mort est alors une suspension de l'expression créatrice de la vie, et une union avec la vie elle-même. Elle peut être vécue d'instant en instant, permettant une création spontanée constamment renouvelée.
La forme expectante répond en s'effaçant.
La forme est ici présentée comme une entité active, possédant une aptitude à répondre à l'injonction de la conscience.
Il s'agit d'un point de vue original, puisqu'habituellement la forme est considérée comme un canal passif, qui n'existe qu'à travers la conscience qui l'habite.
La réintégration des éléments constitutifs de la forme aurait alors une valeur dynamique, susceptible de contenir une expérience qui lui est propre, et qui pourra resservir lorsque le moment sera venu.
L'âme se tient libre.
La liberté ici nommée se réfère à la nature de la conscience observante, qui voit et se sait.
C'est cette attente qui fait ressentir la mort comme une libération.
La libération concerne la dissolution des attaches avec la structure corps-mental. Le mirage de l'identification se résorbe.
Il est préférable de ne pas attendre la mort de la forme pour vivre cette liberté par rapport à l'identification. La mort est alors intégrée à la vie, et vue comme la mort des croyances et illusions concernant la nature de ce que nous sommes. C'est cette mort qui libère la vie et la conscience de la vie. La joie rayonne alors, sans autre cause qu'elle même.
Ô Ascendant, réponds à l'appel intérieur de la sphère des obligations, reconnais l'appel issu de l'Ashram ou de la Chambre du Conseil où le Seigneur de la Vie Lui-même attend.
L'Ascendant désigne l'esprit de celui qui n'est plus prisonnier des limitations de la forme.
Le Tibétain regroupe les diverses expériences de la vie en quatre sphères :
La sphère de l'instinct concerne les pulsions et impulsions propres aux conditionnements de la forme. La relation mère-enfant et la sexualité impulsive en sont des exemples.
La sphère du devoir concerne la signification spirituelle du devoir, qui est une forme de discipline, dans laquelle les forces de la personnalité sont organisées et orientées en fonction d'un dessein particulier. Cette discipline équivaut à une pratique méditative de concentration et de non-dispersion. Elle permet la réalisation de projets concrets et la mise en forme des aspirations et idéaux.
La sphère du dharma désigne la conscience du rôle, qui permet à l'individualité de se situer dans le tout, et d'assumer une fonction appropriée aussi bien à ses possibilités propres qu'aux besoins collectifs.
La sphère des obligations résulte de l'intégration de l'instinct, du devoir et du dharma, permettant à la personnalité d'être guidée par l'intuition spirituelle, la vision juste et la pensée adaptée.
La vie est alors l'instructeur et le disciple son outil d'expression.
Le Son est émis.
Le Son désigne le Son du silence qui contient potentiellement toute la création. De même que la graine de baobab contient le baobab, le silence est la source de toute musique, son, pensée, acte et vibration. Le Son du silence est le guide qui se révèle à l'esprit qui cherche, et permet l'orientation, l'intégration et la réalisation. Il est enseignement et contient tous les enseignements.
L'écoute apparaît de ce fait comme l'outil principal d'instruction. Elle est par nature sans choix, sans préférence et sans référence, permettant l'absorption de ce qui est écouté et l'intégration vivante dans l'instant.
L'écoute n'est pas seulement une faculté du corps. Elle est une fonction propre à la conscience. La sensibilité est écoute. Le corps habité par la sensibilité est instrument de la conscience. Il est un canal guidé par l'intelligence et l'amour.
Il faut que l'âme et la forme renoncent conjointement au principe de la vie pour permettre à la Monade d'être libérée. L'âme répond, et la forme brise alors le lien. La vie est désormais libérée, douée de la qualité de connaissance consciente et du fruit de toute expérience. Tels sont les dons de l'âme et de la forme associées.
Nous retrouvons ici le rôle actif attribué à la forme, qui se libère de l'esprit, au même titre que l'esprit se libère de la forme.
Lorsque la fréquence vibratoire de la forme n'est plus adéquate à celle de l'esprit qui l'habite, la séparation est nécessaire, permettant aux constituants de réintégrer leur source, enrichis par l'expérience vécue qui forme la mémoire karmique.