LA CULPABILITÉ - II

Jean-Marc Mantel

Pour continuer notre exploration concernant la culpabilité (cf. Net-Journal du 27/9/2000), nous devons interroger notre habitude de contrôler.

Cette habitude est souvent bien enracinée, puisque tous les changements imprévus créent un sentiment d'insécurité.

Cela veut donc dire qu'une recherche de sécurité est présente.

Or nous savons bien qu'une sécurité matérielle ne peut pas être trouvée, puisque les biens matériels sont périssables, et qu'une sécurité affective ne peut pas être trouvée, puisque les relations affectives sont périssables, et qu'une sécurité concernant la santé physique ne peut pas être trouvée, puisque le corps est périssable.

Il y a donc un automatisme de quête de sécurité qui trouve sa source dans le fonctionnement même de la personnalité.

La personnalité part de la croyance que "je" existe, et partant de là, "je" dois tout faire pour assurer "mon" intégrité.

Ce "je" est en général assimilé au corps, puisque "je suis persuadé être ce que je vois", à savoir le corps, le mental et les émotions.

Cette quête de sécurité est donc rattachée à la notion d'identité.

Si je suis ce corps-mental, il est nécessaire d'éloigner tout ce qui risque de le remettre en cause.

A l'inverse, si je ne suis pas ce corps-mental, inutile de dépenser de l'énergie dans une défense qui ne "me" concerne pas.

Est-il possible de vivre sans sécurité, ou bien est-il possible de trouver une sécurité qui ne soit plus dépendante des circonstances ?

Voilà le cœur de la recherche du Graal, de l'immuable et de l'éternel.

Celui que n'est plus prisonnier du "contrôleur", de cette tendance de la personnalité à vouloir fixer ce qui change, accepte naturellement les événements tels qu'ils sont. Il vit dans la conscience de ne pas être l'auteur de l'action, mais d'en être le connaisseur. L'action obéit à ses propres lois. Son harmonie dépend de la qualité de transparence de l'intériorité. Non propriétaire de l'action, libre de celui qui agit, la notion de culpabilité n'a plus de consistance. Celui qui est coupable n'a pas plus d'existence que celui qui est méritant. Tous deux sont l'expression de la même conscience impersonnelle.