Les religions ont guidé l’humanité depuis tellement longtemps ! Elles nous semblaient faire définitivement partie de notre paysage : nous trouvons des religions dans toutes les cultures, dans tous les pays, à toutes les époques…
La perte d’influence de nos religions (chez nous), que nous mesurons notamment à la baisse de fréquentation des églises et à la raréfaction des vocations pour devenir prêtre, vient maintenant confirmer une hypothèse jusque là encore peut crédible : et si les religions disparaissaient ? Parallèlement, nous voyons se développer d’autres structures qui se positionnent sur le même créneau que les religions traditionnelles : les déceptions que ces dernières avaient entraînées, par leurs erreurs ou par des discours mal perçus, font que la recherche du Divin s’est maintenant orientée vers des traditions différentes plus « à la mode » (Chamanisme, Bouddhisme par exemple) et vers des modalités nouvelles apparues récemment (et qui ont fleuri avec le New Age).
Le risque est bien connu : il y a le phénomène des sectes, même s’il est largement sur-médiatisé, et plus généralement le fait qu’en étant au contact de traditions complètement différentes, des gens puissent se retrouver un peu « déboussolés » et sans repère dans la société où ils vivent…
Le développement industriel et scientifique, avec l’amélioration des conditions matérielles, puis la société de consommation, avec sa course effrénée au plaisir et à la satisfaction immédiate du moindre désir, ont eu tendance à rendre le discours des religions assez « rétrograde ». Pourquoi en effet faire des efforts, demander de l’aide à « Dieu », puisque le voisin d’en face vit bien sans se soumettre à toutes ces contraintes ? De plus, de nombreux penseurs se sont révoltés contre ce « Dieu » qu’on imposait au monde… L’humanité a donc vécu l’expérience du matérialisme, sans respect ni pour certaines traditions qui se trouvaient devant l’avancée du « progrès » (les Amérindiens et les Aborigènes par exemple) ni pour la planète elle-même (les générations futures trouveront des solutions, y compris pour les déchets nucléaires !)
Mais une fois touché le fond de la piscine ? Il faut bien remonter pour respirer… Nous sommes en train de prendre conscience que nous ne pouvons pas respirer du fond du matérialisme et ceci explique le renouveau de la spiritualité qui éclot un peu partout. Seulement, nous avons mouillé nos vêtements pour faire ce plongeon : exit nos traditions, adieu nos religions ! Elles en ressortent complètement « délavées », et nous les trouvons maintenant trop « étroites » : c’est comme si elles avaient rétréci au contact de ce bain scientifique et matérialiste !
Même si beaucoup préconisent un retour aux sources, à ce qui était « avant » (le mythe du paradis perdu), il ne me semble pas possible de l’effectuer. Pourquoi ? Parce que les consciences ont changé : une fois lavés de nos illusions, nous ressortons « neufs » de notre expérience, et avec l’envie de changer de vêtements… N’oublions pas que les religions ont été inventées par des hommes, pas par le Divin, et que ni le Christ ni Bouddha n’ont créé de religions (ils étaient même plutôt en opposition avec celles qui existaient à leur époque !).
Les religions à venir sont à inventer… Quant à la nouvelle spiritualité, elle germe en chacun de nous à chaque instant, et c’est la « Conscience Vivante » qui nous habite.
Pour moi, l’Homme est en devenir : les biologistes nous dirons que l’homme des grottes de Lascaux était en tout point semblable à nous. Certes ! Mais la conscience collective de l’époque, qui « alimentait » cet homme là, est loin de ressembler à la nôtre : nous avons accumulé depuis tellement d’expériences… Et surtout, ce dernier siècle nous a transmis tellement d’informations, tout est allé tellement vite, que l’individu d’aujourd’hui est beaucoup plus « riche » que celui d’il y a seulement cinq cents ans (cette quantité « d’informations » n’est d’ailleurs pas facile à gérer…).
En fait, notre conscience s’est élargie, individuellement et collectivement.
Les religions n’ont pas suivi ce rythme : souvent accrochées à l’histoire d’un homme et/ou d’une époque, elles ont du mal à s’adapter au monde d’aujourd’hui : pour rester actuel, il faudrait « formater le disque et ré-installer tout le système » !
De plus, ces religions sont encore sous une forme d’autorité maintenant dépassée : la structure pyramidale. Si cette structure semblait bonne pour expédier les affaires courantes et pour ce qui est de l’organisation matérielle, elle ne semble pas vraiment adaptée à la recherche spirituelle, par nature très personnelle et intime.
L’homme d’aujourd’hui est un individualiste : il lui faut du « sur-mesure ». Comment adapter une religion à ce nouveau paradigme ? Plus grand monde ne croit aux dogmes qui ont pourtant fait leurs preuves dans le passé. Chez les humoristes, on se moque autant du pape que d’un homme politique : tout le monde descend de son piédestal !
Quand on regarde l’histoire de la recherche du Divin chez l’Homme, on voit qu’elle a d’abord pris l’image de la Déesse Mère, puis d’un Dieu Père. Pourquoi ?
Le parallèle est frappant avec l’histoire d’un enfant : il commence sa vie dans le ventre de sa mère, puis il se nourrit, grandit, toujours en compagnie de sa mère.
Le père apparaît ensuite, pour emmener l’enfant vers l’extérieur (les champs, la ville…). On sait que le père amène un autre type de nourriture (il enseigne, donne des repères sur la vie extérieure, alors que la mère le fait sur l’intérieur, le foyer). Bien sûr, je parle de ce qui s’est toujours passé avant l’éclatement de la cellule familiale de ces dernières années.
Quand l’enfant est grand, il fait sa « crise d’adolescence » (rejette les schémas et crée les siens). Il devient ensuite lui-même père ou mère.
L’Humanité a vécu cette même croissance, vénérant tout d’abord un Dieu « Mère », qui nourrit et protège, puis un Dieu « Père », qui dicte ses lois (Moïse) et donne les règles de fonctionnement de la Vie. Quand viennent Bouddha et Jésus, nous sommes déjà dans autre chose : il s’agit de devenir soi-même «éveillé ». Que l’on découvre l’état de Bouddha ou le Christ en soi, la démarche proposée à l’Homme est de devenir un « Dieu Conscient ».
Mais pour devenir « Cela », il faut que la personnalité soit développée et forte. Il faut que l’Ego existe de manière « éclatante » ! Et c’est ce que nous vivons actuellement : jamais l’égoïsme n’aura fait autant parler de lui, jamais les inégalités n’ont été aussi fortes, jamais aussi peu de personnes n’ont possédé autant de richesses… Et jamais l’homme n’a été aussi indépendant dans ses façons de penser, jamais il n’a autant rejeté les dogmes, les autorités, les contraintes…
L’heure serait-elle enfin venue de devenir « Humain » ?
L’individu en recherche se trouve devant des choix difficiles :
Revenir à sa religion traditionnelle ? Il lui faut alors « avaler les couleuvres » du passé et se trouver dans une dynamique un peu « poussive », sauf cas de quelques communautés qui ont su développer un charisme élevé…
Finalement, que peut faire une personne en recherche spirituelle dans notre société aujourd’hui ? Comment peut-elle construire sa relation au Divin ?
La question à poser est celle-ci : avons-nous, dans notre société actuelle, la possibilité de nous tourner vers le Divin, sans remettre en cause notre vie quotidienne, notre foyer, notre travail… ?
Et bien, oui, c’est possible : notre culture repose sur une histoire très longue et très riche. Les religions et la société, les contes et les légendes, les penseurs et les humanistes, tout cela nous a construit un « fond de commerce » où il est facile de puiser toutes les informations nécessaires à une recherche personnelle.
De plus, ce siècle est aussi celui de l’analyse : jamais l’homme ne s’était autant penché sur lui, sur ses mécanismes inconscients, sur ses relations interpersonnelles, sur la compréhension de son psychisme… Là aussi, des pistes existent pour l’individu en recherche.
L’Homme actuel ne peut plus fonctionner en obéissant à un « leader », fusse-t-il charismatique : il veut d’abord vivre son expérience personnelle et ensuite, en fonction de son « vécu », il pourra écouter et partager.
Voyons maintenant si une démarche spirituelle individuelle permet de dégager un schéma de fonctionnement acceptable par le plus grand nombre.
ð Nettoyons ce que nous sommes.
Comme dit plus haut, il faut commencer par se construire une « personnalité consciente ». Bien sûr, nous arrivons sur terre avec un bagage déjà bien rempli… mais nous avons tous aussi quelques objets indésirables dans notre sac à dos !
Ceux qui organisent des stages ou ateliers de recherche spirituelle savent combien sont nombreux les gens qui feraient mieux d’aller d’abord faire une démarche de soins ou d’analyse avant de venir pratiquer les techniques proposées. Et c’est aussi pour cela que maintes pratiques autrefois réservées à une démarche spirituelle ont été transformées en techniques de développement personnel.
En débutant par cet inventaire (ce que nous gardons, ce que nous éliminons), nous sommes amenés à faire ce « développement personnel » avec une intention différente : la recherche du Divin… ce qui suppose une dose d’honnêteté et de bonne volonté !
Les solutions ne manquent pas, l’information non plus… Il faut juste garder à l’esprit le « pourquoi nous faisons cela », pour ne pas rester dans la thérapie classique.
ð Acceptons ce que nous sommes
La deuxième phase est une acceptation de « ce que je suis » : en effet, si une phase de compréhension, voire de nettoyage semble nécessaire, il faut aussi arrêter à un moment de se « prendre la tête »… pour s’accepter tel que nous sommes ! Il y a des choses que nous ne pouvons changer, il y a une perfection que nous n’aurons jamais, et c’est ainsi… La sagesse de savoir s’arrêter, de stopper la course sans fin au mieux-être, est d’une grande aide pour la recherche du Divin. C’est aussi là que nous rencontrerons la vraie guérison de nos traumatismes, car l’arrêt de toute recherche donne un sentiment de paix et de plénitude. C’est dans cet espace intérieur ainsi créé que le Divin pourra se manifester…
ð Abandonnons ce que nous sommes, pour le mettre au service de Ce Qui Est.
La troisième phase est l’abandon au Divin : l’Ego que nous avons construit doit se mettre au service du « Cela ». Phase la plus difficile, celle où nous rencontrons le plus d’obstacle… mais pourtant phase nécessaire, car le risque est autrement de rester prisonnier de ce même Ego… Phase critique par toutes les peurs qu’elle révèle, phase de solitude et d’angoisse, phase décisive par l’engagement qu’elle suppose, phase sans cesse reportée à plus tard… et phase que personne ne peut ni décider, ni vivre à notre place !
ð Réalisons ce que Nous Sommes
Une quatrième phase s’offre alors à l’Homme : occuper sa vraie place dans l’Univers. Si l’Ego et le Moi profond commencent à faire « bon ménage », communiquent ensemble régulièrement (et pas seulement pendant les 10 minutes de méditations quotidiennes !), nous pouvons alors réaliser littéralement « le vœux de Dieu ». C’est ainsi que, petit à petit, nous devenons des « outils utiles » pour la Vie : nous étions « vécus », nous devenons « Vivants ». Alors commence réellement l’aventure Humaine dans sa dimension spirituelle…
Nombreux sont ceux qui entreprennent une telle démarche.
Est-ce pour autant un abandon des religions ? Oui et non : si le rejet des religions a souvent été à l’origine d’une autre recherche, une fois le chemin accompli un retour vers « sa » tradition s’opère souvent. Pour une raison fort simple, c’est qu’alors nous pouvons être en accord avec n’importe quelle personne sincère (peut importe sa culture, sa religion, sa nationalité…)
Mais si être en accord avec des individus, voire une communauté, semble facile, il en est autrement pour ce qui est des structures, des églises, bref, des religions… Au contraire, les religions seront toujours perçues comme des instruments de pouvoir, et donc des structures étouffantes et contraignantes.
Je ne pense donc pas que les démarches individuelles, voire individualistes, débouchent sur un renouveau des religions actuelles. Déboucheront-elles sur une nouvelle religion ? A priori, cela n’en prend pas vraiment le chemin : les structures qui apparaissent actuellement seraient plutôt du style « auberges espagnoles » !
La recherche du Divin est une chose trop sérieuse pour qu’on la laisse dans d’autres mains que les siennes (ce qui n’empêche pas de se faire aider quand le besoin s’en fait sentir !).
Alors, être religieux sans religion ? NON si nous avons besoin d’être guidés, accompagnés, par une présence autre que celle de l’intérieur. Mais attention à ne pas être (ou rester) un « enfant » en devenir…
Etre religieux sans religion ? OUI si l’indépendance est un de nos critères prioritaires. Mais alors, soyons honnêtes et responsables ! Car nous devrons assumer pleinement les conséquences de nos actes, il n’y aura pas le parapluie de la structure pour nous protéger… Il faudra faire la distinction entre la « Présence Intérieure » et la petite voix du mental qui nous raconte beaucoup de bêtises, il faudra réfléchir sur les choix que nous faisions automatiquement avant, et peut-être les remettre en cause, il faudra aller vers l’inconnu… mais quelle aventure s’offre alors à nous !
Finalement, devenir religieux, dans le sens de « créer un lien intime avec le Divin », n’est-ce pas devenu maintenant plus facile et plus motivant sans les religions qu’avec les religions ?
Transcender les religions, n’est-ce pas tout simplement accepter « d’être religieux » ?
C’est notre propre réponse individuelle qui nous mènera à la véritable transcendance des religions… et peut-être à l’apparition d’une spiritualité plus globale, réconciliation des sciences et de la Vie, de l’Humain et du Divin, de la pensée et du cœur…